Hello !
Ce week end, on est partis passer une nuit à l’Hôtel Le Corbusier, installé directement dans la Cité Radieuse à Marseille. C’était la première fois que je venais ici et, dès l’arrivée, je ne savais pas vraiment si nous étions dans un immeuble, un musée ou un hôtel. En réalité, un peu les trois.

L’entrée ne ressemble pas du tout à celle d’un hôtel classique. Il y avait une exposition dans le hall, des habitants qui passaient avec leurs affaires et il fallait monter pour rejoindre l’hôtel. On comprend rapidement qu’on ne dort pas simplement dans la Cité Radieuse : on dort au milieu des gens qui y vivent, travaillent et prennent l’ascenseur tous les jours.
275 euros la nuit : le bâtiment ne suffit pas à justifier le prix
Je vais être honnête : nous avons payé 275 euros pour la nuit et, pour moi, la prestation n’était pas au niveau du prix. La climatisation avait l’air d’être là avant ma naissance et ne fonctionnait pas. La télévision ne fonctionnait pas non plus. Le lit, posé sur des roulettes, avait un petit air de lit d’hôpital. Il était confortable, heureusement, mais à ce tarif-là on regarde forcément les détails autrement.
Le site de l’hôtel revendique un parti pris "vintage" et explique que certaines imperfections ont volontairement été conservées. Je comprends complètement l’idée. Je n’avais d’ailleurs aucune envie de dormir dans une chambre rénovée comme n’importe quel hôtel récent, avec trois coussins décoratifs et une fausse chaise design dans un coin. Mais conserver l’histoire du lieu n’empêche pas une climatisation ou une télévision de fonctionner ou des petite remises à niveau.


Une chambre magnifique à photographier
Et c’est là que mon avis devient un peu contradictoire. La chambre était superbe en photo. Les couleurs, le bois, les rangements et le mobilier donnent presque l’impression d’entrer chez Le Corbusier plutôt que dans un hôtel construit autour de son nom. J’ai pu faire des images que j’aime vraiment, parce que rien ne semble avoir été lissé pour correspondre aux codes actuels.



La chaise longue de Le Corbusier fait forcément son effet. Nous avons ensuite retrouvé le même modèle dans le duplex que nous avons visité, mais ici elle participe davantage au décor de la chambre. Les éléments d’origine, ou conservés dans leur esprit, permettent de comprendre les proportions et la manière dont chaque fonction a été intégrée dans un espace assez réduit.
Le service, beaucoup moins mémorable que l’architecture
Le service nous a laissé une impression beaucoup moins positive. Deux doubles cafés, deux croissants et un jus d’orange nous ont coûté 23 euros. Bon… ça faisait beaucoup. On nous a ensuite fait une remarque parce que notre table n’avait pas été débarrassée. À 275 euros la nuit, je n’avais pas prévu d’ajouter le service au programme.


Après, comme je vous le dis, ça reste une expérience. C’est Marseille et c’est un peu comme lorsqu’on arrive dans un village avant d’entrer dans l’hôtel du coin : on tombe souvent sur des personnages, avec leur caractère et leur manière bien à eux de faire les choses. Ici, on se sent un peu perdu dans l’espace et dans le temps. C’est vraiment particulier, et je pense que certaines personnes viennent aussi précisément pour ça.
C’est d’ailleurs ce que j’aime à l’Hôtel Amour à Nice : un endroit atypique, rempli d’objets, de recoins et de choses à regarder. On a envie d’ouvrir les portes, de regarder les livres et de comprendre où chaque objet a été trouvé. La différence, c’est qu’à Nice le service était réellement inclus dans le prix, et ça change forcément la manière dont on vit le séjour.
C’est dommage, surtout parce qu’il ne manquerait finalement pas grand-chose pour que l’hôtel soit réellement à la hauteur du bâtiment. Je ne demande pas qu’on efface les marques du temps ni qu’on transforme les chambres en boutique-hôtel parisien. J’aurais simplement aimé que les équipements fonctionnent et que l’accueil soit plus attentif.
Dormir au milieu de la Cité Radieuse
Malgré tout cela, dormir dans la Cité Radieuse reste très particulier. Le soir, on traverse les mêmes couloirs sombres que les habitants. En sortant de la chambre, on peut tomber sur un cabinet d’orthopédie (?), une boutique ou quelqu’un qui rentre simplement chez lui. Dans le hall, il peut y avoir un vernissage. Sur le toit, des habitants suivent leur cours de yoga pendant que d’autres regardent Marseille.

C’est finalement ce mélange qui m’a le plus intéressée. L’hôtel n’est pas isolé dans une partie touristique du bâtiment. Il fait partie d’un ensemble qui continue à fonctionner avec ses logements, ses commerces, son école maternelle et ses habitudes. On vient réserver une chambre et on se retrouve pendant quelques heures dans une ville installée à l’intérieur d’un immeuble .
Apparemment, les habitants ne vont pas vraiment manger au restaurant de leur immeuble ni prendre leur café à l’hôtel. En revanche, ils se retrouvent souvent sur le toit pour faire des apéros ou des pique-niques. Et ça, je trouve ça génial : pouvoir monter avec ses voisins, s’installer face à Marseille et faire tout ça sans même quitter son immeuble.
La meilleure partie de notre séjour est d’ailleurs arrivée grâce à un ami de Greg, qui nous a permis d’entrer dans deux appartements privés. J’ai pu photographier le second avec son accord : je vous montre cette visite dans mon article à l’intérieur d’un duplex de la Cité Radieuse à Marseille.
Une halte chez Maison Mirbel
Au quatrième étage, je me suis arrêtée chez Maison Mirbel, la boutique de Virginie. Entre les bijoux, les sérigraphies, les tote bags et les objets pour la table, j’avais envie de tout regarder — et évidemment de tout acheter. Nous sommes repartis avec une affiche de Le Corbusier et un petit cahier consacré à la Cité Radieuse. Virginie a accepté très naturellement que je la photographie et m’a demandé si je préparais un reportage. Je vous reparlerai bientôt d’elle, de sa boutique et de cet étage assez improbable dans un article à part.



Sur le toit : la piscine, la maternelle et le MAMO
Le toit mérite vraiment qu’on prenne le temps d’y monter. Après les couloirs sombres, on arrive face à Marseille, avec la piste, les grands blocs de béton et la piscine — ou plutôt la pataugeoire — autour de laquelle la vie de l’immeuble continue. Quand nous sommes montés, des habitants faisaient leur cours de yoga. Apparemment, ils s’y retrouvent aussi pour des apéros et des pique-niques. Je trouve ça génial de pouvoir faire tout ça sur le toit de son propre immeuble.



Il y a aussi une école maternelle publique tout en haut de la Cité Radieuse. Sa cour de récréation se trouve autour du bassin, dans une partie réservée aux enfants et aux habitants. L’école ne se visite évidemment pas, mais rien que de savoir que des enfants prennent l’ascenseur chaque matin pour aller en classe sur le toit, je trouve ça assez fou.
L’ancien gymnase du toit accueille aujourd’hui le MAMO, le centre d’art créé par Ora Ito. Plus bas, dans les rues intérieures, on trouve aussi une librairie avec beaucoup de livres consacrés à l’architecture, au design et à Le Corbusier. Évidemment, je pouvais difficilement repartir sans y passer un moment.


Est-ce que je réserverais à nouveau ?
Je suis contente d’avoir passé cette nuit ici, parce qu’elle m’a permis de découvrir la Cité Radieuse autrement qu’en visiteuse de passage. J’ai adoré photographier la chambre, circuler dans le bâtiment et comprendre peu à peu comment tout s’organise. En revanche, 275 euros dans les mêmes conditions j'avoue, ça fait un peu mal.
On peut aimer profondément un lieu et rester lucide sur ce qu’on y a vécu. Le bâtiment mérite le déplacement. L’hôtel possède quelque chose qu’aucun établissement récent ne pourra reproduire, simplement parce qu’il se trouve réellement dans l’œuvre de Le Corbusier. Mais son adresse exceptionnelle ne devrait pas servir d’excuse à tout le reste.
Entre la chambre, les couloirs et Maison Mirbel, j’ai passé le week-end à faire ce que je fais naturellement dans mon travail de webdesigner : regarder comment un lieu se raconte dans ses détails, ses images et les personnes qui le font vivre. C’est aussi le type de projet que j’aime accompagner avec Minuit d’Orsay. Si vous avez un hôtel, une boutique ou un lieu indépendant à montrer autrement, vous pouvez m’écrire ici.
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