À l’intérieur d’un duplex de la Cité Radieuse à Marseille

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Livres, appareil photo ancien et tableaux sous l’escalier rouge d’un duplex de la Cité Radieuse

Bonjour tout le monde !

Pendant notre séjour à la Cité Radieuse, un ami de Greg (mon copain) nous a proposé de visiter son appartement, puis celui de son beau-père. Je n’ai pas photographié le sien, qui était très familial et beaucoup trop personnel pour être montré ici. En revanche, j’ai demandé l’autorisation pour prendre des photos du second duplex, que je vous présente sans donner le nom de son occupant ni son emplacement précis dans l’immeuble.

C’était ma première fois à la Cité Radieuse et j’avais beaucoup de questions sur les logements. Je voulais savoir comment on vivait réellement dans ce bâtiment, au-delà des photos d’architecture, de l’hôtel et des espaces accessibles aux visiteurs. Cet appartement m’a donné une réponse très concrète.

Derrière les couloirs sombres, toute la lumière de Marseille

Les couloirs de la Cité Radieuse sont assez étranges. Ils sont longs, sombres et donnent presque l’impression de circuler dans une prison. Le Corbusier parlait de "cellules" pour les logements, ce qui n’aide pas vraiment à rendre l’ensemble plus rassurant.

Et pourtant, j’aime bien ces couloirs. C’est atypique et j’ai toujours été attirée par les endroits assez paradoxaux. Je suis un peu comme ça avec beaucoup de choses : ce qui n’est pas immédiatement confortable ou évident m’intéresse souvent davantage. Ici, on peut trouver l’atmosphère presque oppressante tout en ayant envie de regarder chaque détail.

J’ai aussi pu y faire de très belles photos avec mon Fujifilm X-M5. Entre les zones presque noires, les ouvertures très lumineuses, les couleurs et les grands blocs de béton, les cadrages changent complètement en quelques mètres. C’est l’une des parties du bâtiment que j’ai préféré photographier.

Puis la porte de l’appartement s’ouvre et tout change. Le séjour donne directement sur une immense baie vitrée, avec Marseille, la mer et les îles au loin. Après les parties communes très fermées, la lumière est presque surprenante. J’ai tout de suite pensé à l’intérieur d’un bateau : le bois, la longueur du séjour, les ouvertures, les rangements intégrés et cette vue qui accompagne toute la pièce.

L’appartement se trouve dans le 8e arrondissement et son occupant, locataire, y vient de temps en temps. Le loyer est de 1 200 euros par mois. Je précise qu’il s’agit de ce logement en particulier et non d’un prix moyen pour toute la Cité Radieuse.

Un duplex organisé sur deux niveaux

À l’étage principal, on trouve la cuisine, le salon et la grande baie vitrée. En bas se trouvent la chambre, la salle de bain et un bureau, dans la partie où est installé le fauteuil léopard. L’escalier rouge relie les deux niveaux au milieu des livres, des tableaux et des objets personnels.

La majorité des éléments sont encore à peu près d’origine. Les duplex de la Cité Radieuse ont été conçus comme des logements traversants et imbriqués, desservis par les rues intérieures. L’escalier est issu d’une collaboration entre Jean Prouvé, les ateliers de Nancy et Le Corbusier. Les appartements étaient aussi pensés pour préserver l’intimité des familles, avec une isolation entre les différentes "cellules". Le projet est expliqué en détail sur le site de la Fondation Le Corbusier.

Une cuisine pensée dans l’architecture

La cuisine est intégrée au séjour derrière un ensemble de rangements en bois. Certaines portes se confondent presque avec les bibliothèques et les panneaux. On ne comprend pas tout immédiatement, et c’est précisément ce que j’ai aimé : il faut regarder, ouvrir et chercher pour découvrir comment l’appartement fonctionne.

Les cuisines d’origine avaient été conçues comme de petits laboratoires très équipés, avec de nombreux rangements. Même lorsque les usages et les appareils ont changé, cette manière d’utiliser chaque centimètre reste visible. Rien ne paraît simplement posé contre un mur : le mobilier fait partie de l’organisation du logement.

Un appartement de Le Corbusier, mais surtout un appartement habité

Ce que j’ai préféré, c’est le mélange entre la structure très dessinée du duplex et tout ce que son occupant y a ajouté. Il y a des livres, des CD, des tableaux, un piano, des appareils photo, des plantes et un (magnifique) canapé léopard. L’appartement ne ressemble pas à un décor figé ni à un appartement témoin.

La chaise longue de Le Corbusier fait forcément son effet. Nous avions le même modèle dans notre chambre à l’Hôtel Le Corbusier, mais ici elle ne semble pas avoir été placée pour rappeler l’histoire du bâtiment. Elle fait simplement partie du salon, avec les œuvres et le reste du mobilier.

Chaise longue noire en métal chromé sous un tableau coloré dans un duplex de la Cité Radieuse

Une ville entière dans un immeuble

Cette visite m’a surtout permis de comprendre pourquoi la Cité Radieuse ne peut pas être résumée à sa façade. Le bâtiment a été pensé autour de la vie quotidienne et de la famille : appartements, rues intérieures, commerces, hôtel, école maternelle et toit-terrasse. Pendant notre séjour, nous avons vu les boutiques, un vernissage dans l’entrée, un cabinet d’orthopédie juste en face de notre chambre et des habitants qui suivaient un cours de yoga sur le toit.

C’est assez lunaire et parfois presque drôle, parce que tout cela se trouve dans le même immeuble. On passe d’un couloir sombre à un appartement ouvert sur la mer, puis d’une boutique à une école ou à une séance de yoga. J’avais l’impression d’entrer dans un centre commercial, mais habité, avec sa propre organisation et ses habitudes.

J’avais ressenti le même plaisir de la découverte chez SOMA à Londres, même si le lieu n’a évidemment rien à voir. J’aime ne pas comprendre tout de suite où je suis, chercher une porte, découvrir une pièce ou un passage que je n’avais pas vu. Dans ce duplex, les rangements cachés, les deux niveaux et la différence entre les couloirs et le séjour créent exactement cet effet de surprise.

Je suis sortie de l’appartement avec l’impression d’avoir enfin compris une partie du projet. Sur les plans, la "ville verticale" peut rester une idée d’architecte. Une fois qu’on voit les livres, le piano, le canapé léopard et la lumière sur Marseille, on comprend simplement comment quelqu’un peut encore y vivre aujourd’hui.

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