Un nom qui existe déjà
Dans certains milieux, un nom passe avant la personne. Dans le tatouage, le nom Chaudesaigues est là depuis longtemps. C'est aussi le nom d'un village dans le Cantal, mais dans ce milieu il est surtout lié au métier.
Mon grand-père paternel était tatoueur. Mon père, Stéphane Chaudesaigues, a ouvert Graphicaderme à Avignon en 1986. Mon oncle Patrick Chaudesaigues tatoue, peint et fabrique des machines, ses enfants tatouent aussi. Mes frères Steven et Wesley sont tatoueurs. Ma mère Chantal Chaudesaigues tatouait quand mes parents se sont rencontrés, elle fait aujourd'hui du piercing. Dans ma famille, ne pas avoir de machine c'est presque suspect.
J'ai grandi au milieu de tout ça. Pour moi c'était normal. La maison, le travail, la famille, tout en même temps. Je n'ai pas eu de révélation un beau matin. J'ai simplement grandi dedans.
Les vacances, c'était ça
Les conventions internationales, c'était mon quotidien. La National Tattoo Association à Las Vegas, le Queen Mary. J'avais entre cinq et dix ans. Pour moi c'était les vacances, courir au milieu des grands. Pour mes parents, c'était le boulot.
Mon père a aussi organisé Cantal Ink The Skin à Chaudes-Aigues, cinq éditions, un plateau d'artistes internationaux dans le village qui porte notre nom. J'avais quatorze ans. Pour les visiteurs c'était un événement. Pour moi c'était le week-end.
Nikko Hurtado, Jeff Gogue, Shane O'Neill, Hannah Aitchison, Joe Capobianco. On se retrouvait en convention, au restaurant. Ce n'est qu'en cherchant mes propres références, des années plus tard, que j'ai compris qui ils étaient vraiment. La notoriété mondiale, tu t'en rends compte après.
Ce que ça donne, c'est un regard formé très tôt. Pas une technique, pas un style. Un regard. Une exigence absorbée avant même de savoir qu'on allait en avoir besoin.
Le regard des autres
Quand je me présente, tout ce contexte est déjà là avant moi. Certains connaissent le travail de mon père, d'autres celui de mon oncle. Le nom installe quelque chose avant même que j'ouvre la bouche.
Le regard est attentif. Parfois admiratif, parfois exigeant. Parfois les deux en même temps, ce qui est sportif ! Dans le milieu du tatouage, les gens observent. Ils comparent. Beaucoup !
Ce qui n'est pas dramatique en soi, c'est juste la réalité du truc. Et c'est une très bonne raison de ne jamais faire les choses à moitié.
Trouver son style à soi
S'appuyer sur ce nom serait facile. S'en éloigner pour prouver que j'existe par moi-même le serait tout autant. Aucune des deux ne me correspond vraiment.
Ce qui m'a pris du temps, c'est de comprendre que ma trajectoire n'avait pas à être une continuation ni une rupture. Elle pouvait juste être la mienne. L'Art Nouveau, la couleur, mes influences Art Déco, les compositions qui suivent le corps, ce ne sont pas des choix faits par opposition ou par filiation. Ce sont des choix faits parce que c'est ce qui me touche vraiment. Une partie de ça vient de loin, de Tamara de Lempicka et de ce que mon père m'a transmis sans que je le sache.
Le nom fait partie de mon histoire, mais il ne fait certainement pas le travail à ma place. Il ne dessine pas pour moi non plus. Après le nom, il reste le travail.
Le reste ne m'appartient pas, et j'ai bien hâte d'écrire la suite.
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Un studio de tatouage ouvert par mon père Stéphane Chaudesaigues à Avignon en 1986. L'un des plus anciens et des plus reconnus en France. En savoir plus.
Oui. Mon grand-père paternel était tatoueur, mon père, mon oncle, mes frères, ma mère. Les vacances c'était Las Vegas ou le Queen Mary au milieu des meilleurs tatoueurs du monde. Pour moi c'était normal.
Un festival de tatouage international organisé par mon père à Chaudes-Aigues, le village qui porte notre nom dans le Cantal. Cinq éditions. Un plateau d'artistes qui venaient du monde entier.
Ça installe quelque chose, oui. Mais ça n'évite rien. Le regard est plus attentif, les attentes plus élevées. Après le nom, il reste le travail.
Non. Je me sens dans ma propre trajectoire. Le nom fait partie de mon histoire, il ne la résume pas, mon père m'a toujours guidée.
L'Art Nouveau, la couleur, avec des influences Art Déco. Des lignes qui suivent le corps, des compositions qui tiennent dans le temps.
Mon père Stéphane, mon oncle Patrick, mes frères Steven et Wesley, et ma mère Chantal qui fait aujourd'hui du piercing.
À Graphicaderme à Avignon, à Chaudes-Aigues dans le Cantal, et en guest à Londres. Voir mon portfolio ou prendre rendez-vous.