Le corps comme surface culturelle : tatouage, mode et image de soi

8 min de lecture
Tatouage Art nouveau en cours de réalisation, portrait féminin aux lignes fluides et couleurs chaudes, réalisé à Avignon par Tamara Chaudesaigues

On passent notre temps à observer les gens,

Les vêtements, les cheveux, les bijoux, les tatouages, les chaussures… tout.

Pas forcément pour juger, même si bon, on a tous parfois un petit avis.

Mais surtout parce que je trouve qu’on raconte énormément de choses avec notre apparence avant même d’avoir parlé.

Et forcément, en étant tatoueuse, je le remarque encore plus. Un tatouage change complètement une silhouette. Une tenue aussi. Une coupe de cheveux pareil.

Finalement, notre corps est peut-être la première image que l’on construit de nous.

Un tatouage n’a pas besoin d’avoir une histoire incroyable

C’est probablement l’une des choses que je répète le plus.

Tous les tatouages n’ont pas besoin de représenter votre grand-mère, votre renaissance spirituelle ou les trois événements qui ont changé votre vie.

Vous avez aussi parfaitement le droit de vous faire tatouer quelque chose parce que vous trouvez ça beau.

Et c’est déjà une raison.

Je trouve même ça assez drôle qu’on demande autant aux personnes tatouées :

"Mais ça signifie quoi ?"

Alors que personne ne vous demande la signification profonde de votre veste. Parfois, vous aimez juste une image.

Vous aimez la manière dont elle tombe sur le bras, les couleurs, le style, l’époque à laquelle elle fait référence.

Et franchement, c’est très bien comme ça.

La mode et le tatouage racontent souvent la même chose

Pour moi, la mode et le tatouage ont toujours été très proches.

Dans les deux cas, on choisit une image. On choisit ce qu’on veut montrer.

Et surtout, on pioche énormément dans des références culturelles.

Le punk est l’exemple parfait :

Le cuir, les vêtements déchirés, les épingles, les cheveux, les tatouages… tout était lié.

Ce n’était pas juste une façon de s’habiller. Et aujourd’hui encore, énormément de marques reprennent ces codes.

Je pense notamment à Enfants Riches Déprimés.

Déjà, rien que le nom : Enfants Riches Déprimés. J’adore !

La marque mélange le luxe avec tout un univers punk, rock, assez sombre et parfois volontairement provocateur.

Et ils ont fait ouvrir leur défilé automne-hiver 2026 par Marilyn Manson.

Franchement, pouvait-on trouver quelqu’un de plus cohérent ?

Je ne crois pas.

Manson a toujours utilisé son apparence autant que sa musique : le maquillage, les vêtements, les tatouages, les lentilles, les cheveux…

Tout fait partie du personnage. Et c’est exactement ce que je trouve intéressant.

Tu regardes la personne avant même d’entendre la musique et tu sais déjà dans quel univers tu viens de mettre les pieds.

La musique a toujours influencé notre manière de nous habiller

Et ça ne concerne évidemment pas uniquement Marilyn Manson. La musique a créé des looks entiers.

David Bowie, Debbie Harry, Grace Jones, Mick Jagger, Siouxsie Sioux…

Tu pourrais couper le son et reconnaître leur univers immédiatement.

Et des années plus tard, on continue de reprendre leurs codes sans même forcément savoir d’où ils viennent.

C’est ça que je trouve génial dans la culture visuelle, tout circule.

La musique influence la mode. La mode reprend la rue. La rue reprend les défilés.

Le tatouage récupère des images de partout.

Et ensuite tout recommence.

Mes références viennent rarement uniquement du tatouage

Quand je travaille sur un tatouage, je ne regarde pas uniquement d’autres tatouages.

Au contraire. Ça finirait par devenir très vite chiant.

Je regarde énormément la peinture, les affiches, l’architecture, la mode, la photographie, le graphisme…

Dans mon travail, l’Art nouveau et l’Art déco reviennent beaucoup.

Mucha évidemment, mais aussi Tamara de Lempicka, les affiches anciennes, certaines typographies et toute cette manière de travailler les lignes.

Je vous avais d’ailleurs parlé plus précisément de tout ça dans mon article sur la construction de mon identité artistique dans le tatouage.

Je pense vraiment qu’un style personnel se construit avec tout ce qu’on regarde.

Pas uniquement avec ce qu’on fait comme métier.

Le corps change complètement un dessin

C’est aussi une grosse différence entre une illustration et un tatouage.

Tu peux avoir un dessin magnifique sur une feuille et finalement te rendre compte qu’il fonctionne très mal sur le corps.

Ça arrive. La taille change tout. L’emplacement aussi.

Une petite pièce sur l’avant-bras ne va pas avoir la même présence qu’un grand tatouage qui prend toute une cuisse ou un dos.

Quand je travaille sur des grandes pièces, je pense énormément à la silhouette.

Je ne veux pas simplement poser une image quelque part, il faut que le dessin suive le corps.

Sinon, même si le dessin est beau seul, quelque chose ne fonctionne pas.

Vous pouvez voir plusieurs exemples de ce travail directement dans mon portfolio.

Et puis les goûts changent

Ça aussi, on n’en parle pas assez.

Nos goûts changent et heureusement d’ailleurs.

Je ne m’habille plus comme à mes 18 ans, je ne regarde plus exactement les mêmes artistes (à part MM) et je n’ai plus forcément envie des mêmes tatouages.

Et pourtant, les anciens restent.

C’est aussi ce que j’aime dans le tatouage.

Il finit par devenir une trace de différentes versions de nous.

Certains tatouages correspondent parfaitement à la personne que l’on est aujourd’hui.

D’autres racontent une époque. Et franchement, je trouve ça beaucoup plus intéressant que d’avoir un corps parfaitement pensé comme un feed Instagram.

Les tendances tatouage, oui… mais

Évidemment qu’il existe des tendances dans le tatouage.

Comme partout. À certaines périodes, tout le monde veut du très fin. Ensuite on voit revenir le tribal. Puis l’ornemental. Puis les années 90. Puis le traditionnel.

Et six mois après TikTok décidera probablement d'autre chose.

Je ne pense pas qu’il faille absolument fuir une tendance. Si vous aimez vraiment quelque chose, faites-le.

Le problème, c’est plutôt quand on choisit un tatouage uniquement parce qu’on l’a vu cinquante fois dans la semaine, ou parce que la soeur, la mère, la copine vous a dit que tel motif serait mieux.

Parce qu’une tendance mode, tu peux arrêter de la porter.

Le tatouage, un peu moins.

Donc prenez au moins le temps de savoir ce que VOUS aimez dedans.

  • La forme ?
  • Le placement ?
  • Le style ?
  • L’époque ?

C’est généralement là qu’on commence à construire quelque chose de plus personnel.

Finalement, notre corps raconte forcément quelque chose

Je pense que c’est surtout ça qui me plaît dans le tatouage.

Ce n’est jamais uniquement un dessin. Il y a la personne.

Ses vêtements. Ses bijoux. Sa manière de porter le tatouage. Son âge. Ses goûts.

Et tout ça peut complètement changer la perception d’une même image.

C’est exactement la même chose dans mon travail de webdesigner avec Minuit d’Orsay.

Quand je crée un site, je pense énormément à ce que l’on comprend avant même de commencer à lire.

Les couleurs, les photos, la typographie, les espaces… On regarde d’abord.

Ensuite seulement, on lit. Pour un corps, c’est pareil.

Et je crois que c’est finalement ce qui relie une énorme partie de ce que j’aime : le tatouage, la mode, la musique, l’art et le design. Tout commence par une image.

Pourquoi les gens se font tatouer ?

Il n’y a pas une seule raison. Certaines personnes se font tatouer pour garder un souvenir, affirmer leur identité ou marquer une période de leur vie. D’autres aiment simplement le tatouage pour son esthétique. Et franchement, trouver un dessin beau est déjà une raison suffisante.

Est-ce qu’un tatouage doit forcément avoir une signification ?

Non, et c’est une question qu’on me pose souvent. Un tatouage peut avoir une histoire très personnelle, mais il peut aussi être choisi uniquement parce qu’on aime un dessin, un style ou sa place sur le corps. Tout n’a pas besoin d’avoir une symbolique incroyable.

Pourquoi le tatouage est-il une forme d’expression de soi ?

Parce qu’on choisit directement ce que l’on inscrit sur son corps. Le motif, le style, la taille et l’emplacement participent tous à l’image que l’on construit de soi, exactement comme les vêtements, les bijoux ou une coupe de cheveux.

Est-ce une mauvaise idée de suivre une tendance tatouage ?

Pas forcément. Une tendance peut simplement vous faire découvrir un style que vous aimez vraiment. La seule différence avec la mode, c’est qu’on ne range pas son tatouage au fond du placard quand la tendance passe. Je conseille donc toujours de se demander ce qu’on aime réellement dans le motif avant de se lancer.

Pourquoi nos goûts en matière de tatouage changent-ils avec le temps ?

Parce que nous changeons aussi. Nos références, notre manière de nous habiller et nos goûts évoluent. Je trouve justement intéressant qu’un tatouage puisse garder la trace d’une période de notre vie, même lorsque notre style a changé.

À lire également

0 commentaires

Sois la première personne à laisser un commentaire.

Ajouter un commentaire

Ton adresse e-mail ne sera pas publiée.

Me contacter

Nom
Ville souhaitée