Un choix qui n’était pas un hasard
Mes parents ne l’ont pas choisi au hasard. Ils l’ont choisi en référence à Tamara de Lempicka. Pendant longtemps, je n’ai pas vraiment su qui elle était. Ses tableaux étaient là, à la maison, présents sans que j’y porte réellement attention. Ils faisaient partie du décor, naturellement. Sans le savoir, elle m’accompagnait déjà.
Porter ce prénom a longtemps été quelque chose de flou. Je ne me suis jamais dit que je devais lui ressembler ni suivre une trajectoire particulière. Avec le recul, je comprends pourtant que grandir entourée de ces images, porter un nom chargé d’art et de caractère, a forcément façonné mon regard. Le dessin, l’ambition, le goût du style et de l’indépendance se sont installés très tôt, presque sans que je m’en rende compte.
La découverte réelle
Un jour, je me suis intéressée à elle pour de vrai. J’ai découvert une artiste immense, une femme libre, exigeante et déterminée. À ce moment-là, j’ai ressenti le besoin de l’ancrer dans ma propre histoire. Son autoportrait, puis une de ses peintures, le portrait de Madame Allan Bott, que mon père m’a tatoué, ont pris une place particulière. Ce geste n’était pas un hommage esthétique, mais une transmission.
Le lien par le tatouage
Après un an de pratique du tatouage, j’ai commencé un bras complet autour de son univers, avec notamment le portrait de Madame Boucard, comme une conversation ouverte entre son œuvre et la mienne. Le tatouage est devenu une manière très concrète de prolonger ce lien. Travailler autour de ses portraits et de son image m’a permis de comprendre ce qui me touche profondément dans l’art : la force des figures, leur présence, leur caractère. Cette approche influence encore aujourd’hui ma façon de penser un tatouage, non pas comme un simple motif, mais comme une image qui doit exister pleinement sur la peau, traverser le temps et accompagner une vie.
Une coïncidence qui s’impose
Puis il y a eu ce Noël 2024. En cherchant des cadeaux de dernière minute, je suis tombée sur un livre, bien caché il faut dire, intitulé Tamara par Tatiana. Le titre m’a frappée immédiatement. Je m’appelle Tamara et mon chat s’appelle Tatiana. J’ai montré le livre à une amie, presque amusée par la coïncidence, et elle m’a simplement dit que ce serait mon mantra et que je devais l’acheter.
Je l’ai lu d’une manière qui ne me ressemble pas. Moi qui lis habituellement quelques pages avant de m’endormir, je n’avais qu’une hâte : rentrer le soir pour continuer ce livre.
Reconnaître quelque chose de familier
J’ai suivi sa vie, sa fuite face à la guerre, son installation à Paris, sa manière de peindre sans relâche, parfois jusqu’à des heures impossibles. J’ai découvert une femme portée par une soif immense de réussite, de reconnaissance et d’argent, une femme qui aimait les belles choses, le chic, le luxe et l’indépendance, et qui assumait pleinement son caractère. Ce qui m’a marquée n’a pas été une admiration aveugle, mais un trouble. Cette sensation étrange de reconnaître quelque chose de familier, une énergie, une exigence, une volonté de tracer sa propre route, alors que je ne porte pourtant que son prénom.
Ce qu’un prénom peut transmettre
Je n’ai hérité que d’un nom. Mais parfois, un prénom suffit à transmettre une vision, une ambition et une manière d’avancer sans s’excuser.

