Un nom qui existe déjà
Dans certains milieux, un nom passe avant la personne. Il raconte déjà quelque chose. Il porte une histoire, des années de travail, une réputation construite avec le temps. On ne commence pas vraiment de zéro quand ce nom est connu.
Dans le tatouage, le nom Chaudesaigues est là depuis longtemps. C’est aussi le nom d’un village dans le Cantal, mais dans ce milieu il est surtout lié au métier. Mon grand-père paternel était tatoueur. Mon père, Stéphane Chaudesaigues, a ouvert Graphicaderme à Avignon en 1987. Mon oncle Patrick Chaudesaigues tatoue, peint et fabrique des machines, ses enfants tatouent aussi. Mes frères, Steven et Welsey sont tatoueurs également. Ma mère Chantal Chaudesaigues tatouait quand mes parents se sont rencontrés, et elle fait aujourd’hui du piercing. J’ai grandi au milieu de tout ça. Pour moi, c’était normal. C’était la maison, le travail, la famille, tout en même temps.
Je n’ai pas découvert le tatouage plus tard. Je n’ai pas eu une révélation. J’ai simplement grandi dedans.
Le regard
Quand je me présente aujourd’hui, tout ce contexte est déjà là. Les gens savent d’où je viens. Certains connaissent le travail de mon père, d’autres celui de mon oncle. Le nom installe quelque chose avant même que je parle de mon propre travail.
Le regard est attentif. Il peut être admiratif, mais il peut aussi être exigeant. Parfois on attend de voir si je serai vraiment à la hauteur. Ce n’est pas dramatique, c’est juste la réalité. Quand un nom est installé depuis longtemps, on observe plus, on compare plus.
Ça oblige à rester droite. À ne pas faire les choses à moitié.
Trouver sa place
Il serait facile de s’appuyer sur ce nom. Il serait tout aussi facile de vouloir s’en éloigner pour prouver que j’existe par moi-même. Aucune de ces deux solutions ne me correspond.
Le nom fait partie de mon histoire, mais il ne fait pas le travail à ma place. Il ne dessine pas pour moi. Ce sont mes choix, mon style, ma manière d’avancer qui comptent.
Porter un nom connu ne garantit rien. Après le nom, il reste le travail.
Le reste ne m’appartient pas.




