Une question de présence
Je n’ai jamais pensé mon univers en termes de styles.
Que ce soit en musique, en image ou dans mon travail, ce qui m’a toujours guidée, c’est l’attitude.
Les figures qui m’ont marquée ont toutes un point commun assez simple : elles existent pleinement. Elles ne cherchent pas à s’adapter ni à se rendre acceptables. Elles prennent leur place, avec plus ou moins de bruit, mais toujours avec une vraie présence. Que ça plaise ou non.
Avec le temps, je me rends compte que tout part de là.
Le premier repère
Mon premier archétype, avant les peintres, avant les disques, c’est mon père.
Et je préfère préciser tout de suite — papa, si tu lis ces lignes — non, je te rassure, tu ne ressembles ni à Ozzy Osbourne ni à Marilyn Manson.
Ce que j’ai toujours perçu chez lui, c’est une présence forte et instinctive. Une manière de faire les choses sans trop intellectualiser, d’agir d’abord et de réfléchir ensuite. Quelque chose de très direct, très incarné, qui avance avant de s’expliquer. Quand on grandit avec ça, forcément, ça structure.
Le calme derrière la présence
La musique que j’associe à mon père, ce sont des univers comme Massive Attack, Archive, Yello ou Ez3kiel.
Ce n’est pas seulement une question de goût : cette musique lui ressemble.
Ce sont des sons qui installent une ambiance immédiatement. Quelque chose de mélancolique, artistique, parfois un peu flou, mais très présent. Rien d’agressif, rien de démonstratif. Ce sont des univers que tu aimes ou que tu n’aimes pas. Moi, j’y ai toujours été sensible, parce que ça n’essaie pas de convaincre. Ça existe, simplement.
Il y a là un contraste qui m’a toujours marquée : une forte présence dans la vie, associée à une musique calme, profonde, presque introspective.
L’autre versant : l’impact et l’image
Chez ma mère, c’est presque l’inverse, et c’est ce décalage qui m’a toujours frappée.
Elle est très calme, très discrète, presque réservée, alors que ce qu’elle écoute est frontal, puissant, parfois radical.
Ma mère m’a fait découvrir des artistes que je n’aurais peut-être jamais écoutés aujourd’hui. Elle m’a aussi emmenée voir des concerts incroyables alors que j’étais encore très jeune. Des expériences que j’oublierais jamais, presque irréelles à cet âge-là, et qui sont restées gravées en moi.
C’est aussi là que j’ai compris que la musique pouvait devenir une atmosphère, une attitude, presque une façon d’habiter le monde.
Black Sabbath, Led Zeppelin, Ramones, David Bowie, KISS, The Rolling Stones, Depeche Mode, Sisters of Mercy, mais aussi Rob Zombie et j'en passe.
Ici, tout passe par l’image, la scène, l’impact. Des artistes qui prennent de la place, qui imposent une esthétique, parfois excessive, sans chercher à être consensuels. Et dans la vie quotidienne, rien de tapageur. Juste des choix clairs, assumés, sans discours.
Comme si la musique exprimait ce qui n’avait pas besoin d’être montré.
Ce qui revient le plus souvent
Je n’écoute pas un seul groupe, ni un seul univers.
Mais certains reviennent plus souvent que d’autres.
Oasis, The Stone Roses, Sex Pistols, The Clash, The Beatles, Ozzy Osbourne. Ce ne sont pas des références prises au hasard. Ce sont des artistes que j’écoute régulièrement, parce qu’ils partagent quelque chose de très précis.
Ce qui les relie, ce n’est pas juste un style ni une époque. C’est une énergie commune : une forme d’arrogance, parfois. De provocation aussi. Mais surtout cette idée très simple de ne pas demander la permission d’exister. Être là, prendre la place, assumer ce qu’on est, sans chercher à se rendre acceptable.
Chez Oasis, c’est frontal, très britannique. Chez les Stone Roses, plus diffus, plus élégant, mais tout aussi sûr de soi. Chez les Beatles, au-delà des clichés, il y a cette évidence tranquille, cette certitude d’avoir quelque chose à dire. Chez les Sex Pistols et The Clash, c’est plus politique, plus tendu, mais toujours avec la même posture : être là, prendre la place, sans s’excuser. Et chez Ozzy, c’est direct, brut, sans filtre.
Ce sont toujours ces mêmes qualités qui me parlent : la présence, le caractère, la tenue.
Marilyn Manson, à part
Et puis il y a Marilyn Manson.
Américain. Et à part.
Soit tu l’aimes, soit tu ne l’aimes pas, mais tout le monde sait qui c’est. Parce qu’il est dans la provocation, dans l’image, dans le dérangement. Et surtout parce qu’il ne demande jamais la permission d’exister.
Ce qui m’intéresse chez lui dépasse largement la musique. Il y a une vraie culture visuelle et cinématographique, une manière de construire une identité par l’image. On sent l’héritage de David Bowie dans la transformation permanente, et un rapport très américain à la mise en scène, au symbole, qu’on peut rapprocher de David Lynch (d'ailleurs la B.O est de MM dans cette bande annonce de Lost Highway) ou Quentin Tarantino.
The Dope Show : l’image selon Marilyn Manson
La référence au film Mad Love, avec Peter Lorre, reprise pour la pochette de l’album Eat Me, Drink Me, le coeur en spiral, montre bien ce rapport à une image forte, dérangeante, immédiatement reconnaissable.
Chez lui, tout est pensé, construit, référencé. Et toujours avec cette même constante : ne rien demander, ne rien lisser.
Le bruit, le mouvement, la musique vitale
La musique n’a jamais été un simple fond chez moi. Je suis incapable de vivre sans. J’ai grandi dans une maison où il y avait toujours du bruit, du mouvement, des gens, de la musique. On est une grande famille, et le silence n’existait presque jamais.
Forcément, la musique est devenue une présence constante. Quelque chose qui accompagne, qui structure.
Ce que tout cela dit de mon travail
Tout ce parcours se retrouve directement dans ce que je fais. Je ne pars pas d’un style figé ni d’une tendance, mais d’une manière de faire. J’ai besoin que ce que je crée ait une présence claire, que ça se tienne seul, sans avoir à être expliqué. Il y a souvent ce mélange de calme et de tension, de retenue et d’impact. J’aime le grain, le brut, ce qui n’est pas parfaitement lisse.
Tout ça s’est construit avec le temps. Et aujourd’hui, c’est simplement comme ça que je fais.








